Visite de Jean-René Nudant

 

Mardi le 16 mai 2006 avait lieu au restaurant apportez votre vin L’Équi-Noxe à Laval, une soirée rencontre avec Jean-René Nudant, du Domaine Nudant, qui parcourait le Québec pour faire découvrir ses vins aux passionnés.  C’est la deuxième année consécutive que j’ai la chance de le rencontrer et je dois dire que cette année fut encore plus mémorable que l’an dernier.  Non pas par la qualité de ses vins, mais par la passion qui l’animait.

 

Je vais revenir avec plus de détails sur les vins et les informations pertinentes que Jean-René nous a livrées, mais tout d’abord je dois remercier Benoit Lecavalier de l’agence Bénédictus et Jean Couvrette pour l’organisation de cette belle soirée.  Mention très honorable à Éric Desjardins, le propriétaire de L’Équi-Noxe pour un service et un menu impeccable.  En autre, le filet mignon Angus triple A qui fond littéralement dans la bouche. Pour en savoir plus sur ce restaurant, je vous invite à visiter leur site web au www.equi-noxe.com ou encore les appeler directement au 450-628-9539.  Pour le prix et la qualité, ce restaurant offre une belle alternative aux Lavalois qui envient ces restaurants AVV du plateau et même pourquoi pas, une occasion de sortir ces montréalais de leur plateau pour venir découvrir ce beau coin qu’est le vieux Ste-Rose.  À noter que le restaurant est seulement ouvert pour les soirées, mais il est possible d’accommoder un groupe pour le dîner.

 

Jean René Nudant et Éric Desjardins, complices d’une belle soirée.

 

Je dois dès le départ vous avertir que je ne suis pas un admirateur du millésime 2003 en Bourgogne et cela se fait ressentir dans le pointage final que j’accorde aux vins.  M. Nudant nous expliqua tout ce qu’il y avait d’exceptionnel avec ce millésime, surtout au niveau de la récolte, puisque la plupart savent déjà qu’en 2003, la canicule fut incroyable.

 

En 2003, les vignes ont terriblement souffert de la chaleur.  Elles ont littéralement cessé toute croissance végétative pendant plusieurs semaines.  Le volume des récoltes étaient en baisse d’environ 40-50% par rapport à la moyenne des récoltes des dernières années.  Les raisins séchaient sur les vignes, tellement qu’on pouvait les allumer avec un simple briquet.  Au Domaine Nudant, le plus grand rendement par parcelle fut sur Aloxe Corton la Boulotte à 41 hl à l’hectare.  Ce qui resta sur les vignes pour la récolte furent des fruits qui avaient une maturité phénolique plutôt déséquilibrée et un fruit trop mûr qui manquait de fraîcheur.   C’est pour cette raison, malgré que les vins présentent un taux de sucre avoisinant le 1g/l, ce qui est très sec, qu’il y a cette impression de sucrosité en bouche.

 

M. Nudant était clair sur la question, pour lui ce ne sont pas des vins typiques de la Bourgogne, il préfère clairement les 2004.  Par contre il avoue que les 2003 sont drôlement agréable à boire et que pour ceux qui n’apprécient pas ce que le fruit peut donner en ce moment, ils peuvent les attendre quelques années pour que les saveurs secondaires prennent le dessus.  Par contre, il ne faut pas penser que ces vins seront pour la longue garde, il suggère d’en profiter pendant les dix prochaines années.  Malgré la bonne concentration des vins, leur faible acidité n’en fera pas des vins pour la longue garde.

 

Jean-René Nudant parlant avec passion.

 

Une acidité typique pour les vins de Bourgognes se situe entre un PH de 3,3 et 3,4.  En 2003, on était souvent entre 3,8 et 3,9 de PH.  Il expliquait que les producteurs, incluant lui, qui avaient corrigé le PH de 0,2 point n’avaient pas trop déséquilibré leurs vins.  Par contre ceux qui voulaient ramener leur PH autour d’un taux naturel avaient en général obtenu des vins déséquilibrés en ce moment.

 

Le millésime 2003 n’a pas été seulement un millésime difficile à gérer dans les chais, mais aussi dans le vignoble.  Normalement les vendanges débutent vers le 7 septembre.   Les producteurs et la plupart des employés sont donc en vacances durant le mois d’août pour arriver reposés au début des vendanges.  En 2003, elles ont plutôt été écourtées puisque les vendanges ont débuté près de 3 semaines plus tôt que prévu.  Par chance que le Domaine Nudant fait les vendanges par mécanisation, car plusieurs domaines ont souffert pour rassembler leurs vendangeurs qui étaient en vacances un peu partout en France.

 

Au temps des vendanges, il faisait encore 37 durant le jour et environ 20 degrés Celsius durant la nuit.  Donc, pour être capable d’avoir des raisins avec une certaine fraîcheur, le Domaine Nudant déployait son équipe durant la nuit et vendangeait entre 1h et 11h.  On ne voulait pas récupérer des raisins trop chauds aux chais car cela causerait de gros problèmes lors de la fermentation.  Aux chais, on s’assurait par la suite de refroidir ces raisins pour s’assurer d’une température uniforme assez basse pour ne pas que la fermentation démarre trop rapidement et devienne incontrôlable.

 

Les vins dégustés maintenant, et je le répète, pour moi les 2003 ne sont pas des vins qui m’ont procuré énormément de plaisir mais selon l’ensemble du groupe, ils ont été très appréciés par leur facilité à être bu en ce moment.  Ce sont des vins concentrés, riche en fruits avec une acidité faible et des notes sucrées en bouche qui livrent beaucoup de plaisir en ce moment.

 

Corton Charlmagne 2004 : M. Nudant nous a fait une surprise et nous apporté une bouteille de son Grand Cru.  La production est limitée à environ 800 bouteilles par année.  Ce vin déploie vraiment un nez incroyable qui ne cessera pas d’évoluer sur les 2 heures que j’ai eu la chance de le humer.  Des notes minérales intense sont supportées par des saveurs de pommes et poire bien mure, une touche de noisette fraîche complémente le tout.  En bouche, le vin est parfaitement équilibré, grande pureté de fruits sur des étages de saveurs qui se succèdent pour terminer grassement sur une finale de noix fraîches.  Très beau vin!  17.5/20

 

Ladoix 1er Cru La Corvée 2003: 1er nez plutôt fermé avec des notes de fumé et de raisin vert.  En bouche on perçoit ce fruit surmature qui nous donne ses saveurs de sucre d’érable, tout de même une belle trame tannique légèrement verte en ce moment et bonne concentration de fruits rouges bien murs en milieu de bouche.  En finale l’acidité se sépare du tout et nous laisse une impression de déséquilibre sur les notes sucrées.  15/20

 

Aloxe Corton Clos La Boulotte 2003 : Un monopole qui appartient donc entièrement à la famille.  Au nez on perçoit des beaux aromes de fruits bien murs avec des odeurs de résine.  En bouche on remarque une meilleure acidité dans ce vin que les autres 2003, cela est dû au plus grand rendement de la parcelle, les saveurs sur les petits fruits rouges, tannins présents et plaisants.  Par contre pour moi cette impression de sucrosité provenant de ces fruits trop murs déséquilibre encore plus ce vin en contrastant avec son acidité.  14/20

 

Aloxe Corton 1er Cru La Coutière 2002 : Très beau nez, bien ouvert sur des notes minérales, terres humides et tabac.  Bouche équilibrée, très beaux fruits rouges, surtout la framboise légèrement sucré, mais ici rien de dérangeant et le tout reste élégant et équilibré.  Un vin bien fait et unidimensionnel qui demande à être attendu.  M. Nudant faisait remarqué que cette légère austérité en bouche est un signe que le vin va tranquillement se refermer pour se faire redécouvrir dans 5 à 7 ans.  15.5/20

 

Corton Bressandes Grand Cru 2003 : Ici on a eu la chance de comparer une bouteille qui venait juste d’être ouverte avec une autre ouverte depuis 6 hres.  Mes notes seront celles du vin ouvert depuis 6hres.  Super nez sur les notes florales, fruits murs mais frais, très intense.  En bouche, le vin est gras, bonne richesse sur le fruit bien mur, si ce n’était pas de cette surmaturité de fruits laissant cette finale sur le sucre d’érable, j’aimerais beaucoup ce vin.  Tout de même très bien et plaisant à boire!  16/20  La bouteille ouverte depuis seulement 1 heure était beaucoup plus fermée au nez et présentait des tannins plus secs lui donnant de la mâche.

 

Frédérick Blais